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I
PAUL VERLAINE
,ES UNS ET LES AUTRES
OMEDIE EN i N K'.TE
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PARIS
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LES UNS ET LES AITRKS
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LES UNS ET LES AUTRES
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COMEDIE DEDIEE A
Théodore de Banville.
DU MÊME AUTEUR
ŒUVRES POÉTIQUES
Poèmes saturniens.
La bonne Chanson.
Fêtes galantes.
Romances sans paroles.
Sagesse.
Jadis et Naguère.
Amour.
Parallèlement.
Bonheur.
PROSE
Les Poètes maudits.
Les Mémoires d'un veuf.
Louise Leclercq.
20 biographies littéraires publiées dans les Hommes
d'aujourd'hui.
Mes Hôpitaux (sous presse).
THEATRE
Madame Aubin, 1 acte en prose.
PAUL VERLAINE
LES UNS ET LES AUTRES
COMEDIE EN UN ACTE
ET EN VERS
V
a.-r"
PARIS
LEON VANIER, LIBRAIRE-ËDITEUR
19, QUAI SAIKTHICIIEL, 19
U5
PERSONNAGES
Myrtil
Sylvandre
Mezzetin
CORYDON
Un Bergamasque
rosalinde
Ghloris
Aminte
Phillis
Bergers, Masques.
MM. Krauss, de TOdéon,
Paul Franck, du Gymnase,
Engel, de l'Opéra,
Henry Huot, du Théâtre d'Art,
Albert Girault, du Théâtre d'Art,
M 11 " Moreno, de la Comédie-Française,
Lucy Gérard, du Gymnase,
Suzanne Gay, du Théâtre d'Art,
Denise Ahmers, du Théâtre d'Art,
La scène se passe dans un parc de Wateau, vers une fin
d'après-midi d'été.
Une nombreuse compagnie d'hommes et de femmes est
groupée, en de nonchalantes attitudes, autour d'un chan-
teur costumé e?i Mezzetin qui s*accompagne doucement sur
une mandoline.
J
I
LES UNS ET LES AUTRES
SCÈNE I
Mezzetin, chantant.
Puisque tout n'est rien que fables,
Honnis d'aimer ton désir,
Jouis vite du loisir
Que te font des dieux affables.
Puisqu'à ce point se trouva
Facile ta destinée,
Puisque vers toi ramenée
L'Arcadie est proche, — va !
Va! le vin dans les feuillages
Fait éclata* les beaux yeux
Et battre les cœurs joyeux
A V étroit sous les corsages. . .
Philis, à Mezzetin.
Bien chanté! Grand merci î Vous m'êtes un délice...
*
Mezzetin
Vous m'êtes un nectar....
1.
AV '
6 LES UNS ET LES AUTRES
Un Bergamasque, au Mezzetin.
Je suis votre complice!
Mezzetin, à Phillis.
Je suis bien...
Phillis
Je suis mienne ..
Mezzetin
Et quel est mon souci
De ne pouvoir trop vous le dire !
Phillis, pirouettant.
Nous aussi !
Gorydon
A l'exemple de la cigale nous avons
Chanté...
Aminte
Si nous allions danser?
Tous, moins Myrtil, Rosalinde, Sylvandre
et Chloris.
Nous vous suivons !
(Ils sortent, à V exception des mêmes.)
LES UNS ET LES AUTRES
SCÈNE II
Myrtil, Rosalinde, Sylyandre , Chloris
Rosalinde, à Myrtil.
Restons.
Chloris, à Sylvandre.
Favorisé, vous pouvez dire l'être :
J'aime la danse à m'en jeter par la fenêtre,
Et si je ne vais pas sur l'herbette avec eux
C'est bien pour vous !
(Sylvandre la presse.)
Paix-là ! Que vous êtes fougueux !
(Sortent Sylvandre et Chloris.)
SCÈNE III
Myrtil, Rosalinde
Rosalinde
Parlez-moi.
Myrtil
De quoi voulez-vous donc que je cause ?
Du passé ? Cela vous ennuierait, et pour cause.
8 LES UNS ET LES AUTRES
Du présent ? A quoi bon, puisque nous y voilà?
De l'avenir? Laissons en paix ces choses-là !
Rosalinde
Parlez-moi du passé.
Myrtil
Pourquoi ?
Rosalinde
C'est mon caprice.
Et fiez- vous à la mémoire adulatrice
Qui va teinter d'azur les plus mornes jadis
Et masque les enfers anciens en paradis.
Myrtil
Soit donc ! J'évoquerai, ma chère, pour vous plaire,
Ce morne amour qui fut, hélas! notre chimère,
Regrets sans fin, ennuis profonds, poignants remords,
Et toute la tristesse atroce des jours morts ;
Je dirai nos plus beaux espoirs déçus sans cesse ;
Ces deux cœurs dévoués jusques à la bassesse
Et soumis l'un à l'autre, et puis, finalement,
Pour toute récompense et tout remerciement,
Navrés, martyrisés, bafoués l'un par l'autre,
Ma folle jalousie étreinte par la vôtre,
».
LES UNS ET LES AUTRES
9
Vos soupçons complétant l'horreur de mes soupçons,
Toutes vos trahisons, toutes mes trahisons !
Oui, puisque ce passé vous flatte et vous agrée,
Ce passé que je lis tracé comme à la craie
Sur le mur ténébreux du souvenir, je veux,
Ce passé tout entier, avec ses désaveux
Et ses explosions de pleurs et de colère,
Vous le redire, afin, ma chère, de vous plaire !
Rosalinde
Savez-vous que je vous trouve admirable, ainsi
Plein d'indignation élégante?
Myrtil, irrité.
Merci !
Rosalinde
Nous vous exagérez aussi par trop les choses.
Quoi! pour un peu d'ennui, quelques heures moroses,
Vous lamenter avec ce courroux enfantin !
Moi, je rends grâce au dieu qui me fit ce destin
D'avoir aimé, d'aimer l'ingrat, d'aimer encore
L'ingrat qui tient de sots discours, et qui m'adore
Toujours, ainsi qu'il sied d'ailleurs en ce pays
De Tendre. Oui ! Car malgré vos regards ébahis
10 LES UNS ET LES AUTRES
Et vos bras de poupée inerte, je suis sûre
Que vous gardez toujours ouverte la blessure
Faite par ces yeux-ci, boudeur, à ce cœur-là.
Myrtil, attendri.
Pourtant le jour où cet amour m'ensorcela
Vous fut autant qu'à moi funeste, mon amie
Croyez-moi, réveiller la tendresse endormie,
C'est téméraire, et mieux vaudrait pieusemeut
Respecter jusqu'au bout son assoupissement
Qui ne peut finir que par la mort naturelle.
Rosalinde
Fou ! par quoi pouvons-nous vivre, sinon par elle !
Myrtil, sincère.
Alors, mourons !
Rosalinde
Vivons plutôt! Fût-ce à tout prix!
Quant à moi, vos aigreurs, vos fureurs, vos mépris,
Qui ne sont, je le sais, qu'un dépit éphémère,
Et cet orgueil qui rend votre parole amère.
J'en veux faire litière à mon amour têtu,
Et je vous aimerai quand même, m'enfends-tu t
LES UNS ET LES AUTRES 11
Myrtil
Vous êtes mutinée...
ROSALINDE
Allons, laissez-vous faire !
Myrtil, cédant.
Donc, il le faut !
Rosalinde
Venez cueillir la primevère
De l'amour renaissant timide après l'hiver.
Quittez ce front chagrin, souriez comme hier
A ma tendresse entière et grande, encor qu'ancienne !
Myrtil
Ah ! toujours tu m'auras mené, magicienne !
(Ils sortent. Rentrent Sylvandre et Chloris.)
SCÈNE IV
Sylvandre, Chloris
Chloris, courant.
Sylvandre
12 LES UNS ET LES AUTRES
Chloris
Je ne veux pas...
Sylvandre, la baisant sur la nuque.
Dites : je ne veux plus !
(La tenant embrassée.)
Mais voici, j'ai fixé vos vœux irrésolus
Et le milan affreux tient la pauvre hirondelle.
Chloris
Fi ! Faction vilaine ! Au moins rougissez d'elle !
Mais non ! Il rit, il rit !
(Pleurnichant pour rire.)
Ah, oh, hi, que c'est mal !
Sylvandre
Tarare ! mais le seul état vraiment normal,
C'est le nôtre, c'est, fous l'un de l'autre, gais, libres,
Jeunes et méprisant tous autres équilibres
Quelconques, qui ne sont que cloche-pieds piteux,
D'avoir deux cœurs pour un,ct, chère âme, un pour deux !
Chloris
Que voilà donc, monsieur l'amant, de beau langage !
Vous êtes procureur ou poète, je gage,
LES UNS ET LES AUTRES 13
Pour ainsi discourir, sans rire obscurément.
Sylvandre
Vous vous moquez avec un babil très charmant,
Et me voici deux fois épris de ma conquête :
Tant d'éclat en vos yeux jolis, et dans la tête
Tant d'esprit ! Du plus fin encore, s'il vous plaît.
Ghloris
Et si je vous trouvais par hasard bête et laid,
Fier conquérant fictif, grand vainqueur en peinture?
Sylvandre
Alors, n'eussiez-vous pas arrêté l'aventure
De tantôt, qui semblait exclure tout dégoût
Conçu par vous, à mon détriment, après tout?
Ghloris
la fatuité des hommes qu'on n'évince
Pas sur-le-champ ! Allez, allez, la preuve est mince
Que vous invoquez là d'un penchant présumé
De mon cœur pour le vôtre, aspirant bien-aimé.
— Au fait, chacun de nous vainement déblatère
Et, tenez, je vais dire mon caractère,
Pour qu'étant à la fin bien au courant de moi
Si vous souffrez, du moins vous connaissiez pourquoi.
Sachez donc...
2
14 LES UNS ET LES AUTRES
Sylvaxdre
Que je meure ici ma toute belle
Si j'exige...
Ciiloris
— Sachez d'abord vous taire. — Or celle
Qui vous parle est coquette et folle. Oui, je le suis.
J'aime les jours légers et les frivoles nuits;
J'aime un ruban qui m'aille, un amant qui me plaise,
Pour les bien détester après tout à mon aise.
Vous, par exemple, vous, monsieur, que je n'ai pas
Naguère tout à fait traité de haut en bas,
Me dussiez-vous tenir pour la pire pécore,
Eh bien, je ne sais pas si je souffre encore !
Sylvandre, souriant.
Dans le doute...
Ciiloris, coquette, s* enfuyant.
€ Abstiens-toi, » dit l'autre. Je m'abstiens.
Sylvandre, presque naïf.
Ah ! c'en est trop, je souffre et m'en vais pleurer.
LES UNS ET LES AUTRES 15
Chloris, touchée, mais gaie.
Viens,
Enfant, mais souviens-toi que je suis infidèle
Souvent, ou bien plutôt, capricieuse. Telle
Il faut me prendre. Et puis, voyez-vous, nous voici
Tous deux, bien amoureux, — car je vous aime aussi, —
Là ! voilà le grand mot lâché ! Mais...
cruelle
Sylvandre
Réticence !
Chloris
Attendez là fin, pauvre cervelle.
Mais, dirais-je, malgré tous nos transports et tous
Nos serments mutuels, solennels, et jaloux
D'être éternels, un dieu malicieux préside
Aux autels de Paphos —
(Sur un geste de dénégation de Sylvandre.)
C'est un fait — et de Gnide.
Telle est la loi qu'Amour à nos cœurs révéla.
L'on n'a pas plutôt dit ceci qu'on fait cela.
Plus tard on se rcpent, c'est vrai, mais le parjure
A des ailes, et comme il perdrait sa gageure
■ *
iO'
16 LES UNS ET LES AUTRES
Celui qui poursuivrait un mensonge envolé!
Qu'y faire? Promener son souci désolé,
Bras ballants, yeux rougis, la tête décoiffée,
A travers monts et vaux, ainsi qu'un autre Orphée,
Gonfler l'air de soupirs et l'océan de pleurs
Par l'indiscrétion de bavardes douleurs?
Non, cent fois non! Plutôt aimer à l'aventure
Et ne demander pas l'impossible à Nature !
Nous voici, venez-vous de dire, bien épris
L'un de l'autre, soyons heureux, faisons mépris
De tout ce qui n'est pas notre douce folie !
Deux cœurs pour un, un cœur pour deux... je m'y rallie,
Me void votre, tienne!... Etes- vous rassuré?
Tout à l'heure j'avais mille fois tort, c'est vrai,
D'ainsi bouder un cœur offert de bonne grâce,
Et c'est moi qui revient à vous, de guerre lasse.
Donc aimons-nous. Prenez mon cœur avec ma main,
Mais, pour Dieu, n'allons pas songer au lendemain,
Et si ce lendemain doit ne pas être aimable,
Sachons que tout bonheur repose sur le sable,
Qu'en amour il n'est pas de malhonnêtes gens,
Et surtout soyons-nous l'un à l'autre indulgents,
Cela vous plaît?
Sylvandre
Cela me plairait si...
LES UNS ET LES AUTRES 17
SCENE V
Les précédents, Myrtil
Myrtil, survenant.
Madame
A raison. Son discours serait l'épi thalame
Que j'eusse proféré si.
Ghloris
Cela fait deux « si »,
C'est un de trop.
Myrtil, à Chloris.
Je pense absolument ainsi
Que vous.
Chloris, à Sylvandre.
Et yous, monsieur?
Sylvandre
La vérité m'oblige...
Chloris, au même.
Et quoi, monsieur, déjà si tiède!...
Myrtil, à Chloris.
L'homme-lige
Qu'il vous faut, ô Chloris, c'est moi...
2.
18 LES UNS ET LES AUTRES
SCÈNE VI
Les précédents, Rosalinde
Rosalinde, survenant.
Salut! je suis
Alors, qu'il le faut décidément, depuis
Tous ces étonnements où notre cœur se joue,
A votre chariot la cinquième roue.
(A Myrtil.)
Je vous rends vos serments anciens et les nouveaux
Et les récents, les vrais aussi bien que les faux.
Myrtil, au bras de Chloris et protestant
comme par manière d'acquit.
Chère !
Rosalinde
Vous n'avez pas besoin de vous défendre,
Car me voici rainic intime de Sylvandre.
Sylvandhk, ravi, surpris, et léger.
() doux Chnryhde après un aimable Soylla!
Mais celle-ci va faire ainsi que colle-là
Sans doute, et toutes deux, adorables coquettes
Dont les caprices sont bel et bien des raquettes
LES UNS ET LES AUTRES 11)
Joueront avec mon cœur, je le crains, au volant.
Ghloris, à Sylva?idre.
Fat!
Rosalinde, au même.
Ingrat !
Myrtil, au même.
Insolent!
Sylvandre, à Myrtil.
Quant à cet « insolent ».
Ami cher, mes griefs sont au moins réciproques
Et s'il est vrai que nous te vexions tu nous choques.
(A Rosalinde et à Chloris.)
Mesdames, je suis votre esclave à toutes deux,
Mais mon cœur qui se cabre aux chemins hasardeux
Est un méchant cheval réfractaire à la bride
Qui devant tout péril connu s'enfuit, rapide,
A tous crins, s'allàt-il rompre le col plus loin.
(-1 Rosalinde.)
Or, donc, si vous avez, Rosalinde, besoin
Pour un voyage au bleu pays des fantaisies
D'un franc coursier, gourmand de provendes choisies
Et quelque peu fringant, mais jamais rebuté,
Chevauchez à loisir ma bonne volonté.
20 LES UNS ET LES AUTRES
Myrtil
La déclaration est un tant soit peu roide.
Mais bah, chat échaudé craint l'eau, fut-elle froide,
(A Rosalinde.)
N'est-ce pas, Rosalinde, et vous le savez bien
Que ce chat-là surtout, c'est moi.
Rosalinde
Je ne sais rien.
Myrtil
Et puisqu'en ce conflit où chacun se rebiffe
Chloris aussi veut bien m'avoir pour hippogriffe
De ses rêves devers la lune ou bien ailleurs,
Me voici tout bridé, couvert d'ailleurs de fleurs
Charmantes aux odeurs puissantes et divines
Dont je sentirai tôt ou tard les épines.
(-■4 Chloris.)
Madame, n'est-ce pas?
Chloris
Taisez-vous et m'aimez.
Adieu, Sylvandre!
Rosalinde
Adieu, Myrtil!
LES UNS ET LES AUTRES 21
Myrtil, à Rosalinde.
Est-ce à jamais?
Sylvandre, à Chloris.
C'est pour toujours?
Rosalinde
Adieu, Myrtil !
Chloris
Adieu, Sylvandre !
(Sortent Sylvandre et Rosalinde.)
SCÈNE VII
Myrtil, Chloris
Chloris
C'est donc que vous avez de l'amour à revendre
Pour, le joug d'une amante irritée écarté,
Vous tourner aussitôt vers ma faible beauté ?
Myrtil
Croyez- vous qu'elle soit à ce point offensée?
Chloris
Qui? ma beauté?
22 LES UNS ET LES AUTRES
Myrtil
Non. L'autre...
Ciiloris
Ah ! — J'avais la pensée
Bien autre part, je vous l'avoue, et m'attendais
A quelque madrigal un peu compliqué, mais
Sans doute vous voulez parler de Rosalinde
Et du courroux auquel son cœur crispé se guindé...
N'en doutez pas, elle est vexée horriblement.
Myrtil
En êtes-vous bien sure?
Chloris
Ah çà, pour un amant
Tout récemment élu, sur sa chaude supplique
Encore ! et dans un tel concours mélancolique
Malgré qu'un tant soit peu plaisant d'événements,
Ne pouvez-vous pas mieux employer les moments
Premiers de nos premiers amours, ô cher Thésée
Qu'à vous préoccuper d'Ariane laissée?
— Mais taisons cela, quitte à plus tard en parler. —
Eh oui. là je vous jure, à ne vous rien celer,
Que Rosalinde éprise encor d'un infidèle,
Trépigne, peste, enrage, et sa rancœur est telle
Qu'elle m'en a pris mon Sylvandre de dépit.
LES UNS ET LES AUTRES 23
Myrtil
Et vous regrettez fort Sylvandre?
Chloris
Mal lui prit,
Que je crois, de tomber sur votre ancienne amie?
Myrtil
Et pourquoi?
Chloris
Faux naïf! je ne le dirai mie.
Myrtil
Mais regrettez-vous fort Sylvandre?
Chloris
M'aimez-vous,
Vous?
Myrtil
Vos yeux sont si beaux, votre...
Chloris
Ètes-vous jaloux
De Sylvandre?
Myrtil, très vivement.
oui!
(Se reprenant)
Mais au passé, chère belle.
È4 LES UNS ET LES AUTRES
Chloris
Allons, un tel aveu, bien que tardif, s'appelle
Une galanterie et je l'admets ainsi.
Donc vous m'aimez?
Myrtil, distrait, après un silence.
oui!
Chloris
Quel amoureux transi
Vous seriez si d'ailleurs vous l'étiez de moi !
Myrtil, même jeu que précédemment.
Douce
Amie!
Chloris
Ah, que c'est froid ! « Douce amie ! » Il vous trousse
Un compliment banal et prend un air vainqueur!
J'aurai longtemps vos « oui » de tantôt sur le cœur.
Myrtil, indolemment.
Permettez...
Chloris
Mais voici Rosalindc et Sylvan^re.
Myrtil, comme réveillé en sursaut.
Rosalinde!
LES TINS ET LES AUTRES 23
Cfiloris
Et Sylvandre. Et quel besoin de fendre
Ainsi l'air de vos bras en façon de moulin?
Ils débusquent. Tournons vite le terre-plein
Et vidons, s'il vous plait, ailleurs cette querelle.
(Ils sortent.)
SCÈNE VIII
Sylvandre, Rosalinde
Sylvandre
Et voilà mou histoire en deux mots.
Rosalinde
Elle est telle
Que j'y lis à l'envers l'histoire de Myrtil.
Par un pressentiment inquiet et subtil
Vous redoutez l'amour qui venait et sa lèvre
Aux baisers inconnus encore, et lui qu'enfièvre
Le souvenir d'un vieil amour désenlacé,
Stupide autant qu'ingrat, il a peur du passé,
Et tous deux avez tort, allez Sylvandre.
Sylvandre
Qu'il a tort...
Dites
3
26 LES UNS ET LES AUTRES
ROSALINDE
Non, tous deux, et vous n'êtes pas quittes,
Et tous deux souffrirez, et ce sera bien fait.
Sylvandre
Après tout je ne vois que très mal mon forfait
Et j'ignore très bien quel sera mon martyre
(Minaudant.)
A moins que voire cœur...
ROSALINDE
Vous avez tort de rire.
Sylvandre
Je ne ris pas, je dis posément d'une part,
Que je ne crois point tant criminel mon départ
D'avec Ohloris, coquette aimable mais sujette
A caution, et puis, d'autre part je projette
DVtrc heureux avec vous qui m'avez bien voulu
Recueillir quand brisé, désemparé, moulu.
Renié par ma mai tresse et planté là par elle
J'allais probablement me brûler la cervelle
Si j'avais eu quelque arme à feu sous mes dix doigts.
Oui. je vais vous aimer, je le veux (je le dois
En outre), je vais vous aimer à la folie...
Donc, arrière, regrets, dépit, mélancolie !
Je serai votre chien féal, ton petit loup
Bien doux...
LES UNS ET LES AUTRES 27
ROSALINDE
Vous avez tort de rire, encore un coup.
Sylvandre
Encore un coup, je ne ris pas. Je vous adore,
J'idolâtre ta voix si tendrement sonore,
J'aime vos pieds, petits à tenir dans la main,
Oui font un bruit mignard et gai sur le chemin
Et luisent, rêves blancs, sous les pompons des mules.
Quand tes grands yeux, de qui les astres sont émules
Abaissent jusqu'à nous leurs aimables rayons,
Comparable à ces fleurs d'été que nous voyons
Tourner vers le soleil leur fidèle corolle
Lors je tombe en extase et reste sans parole,
Sans vie et sans pensée, éperdu, fou, hagard,
Devant l'éclat charmant et fier de ton regard.
Je frémis à ton souffle exquis comme au vent l'herbe,
ma charmante, orna divine, ô ma superbe,
Et mon âme palpite au bout de tes cils d'or...
— A propos, croyez- vous que Chloris m'aime encor?
Rosalinde
Et si je le pensais?
Sylvandre
Question saugrenue
En effet !
Rosalinde
Voulez-vous la vérité bien nue ?
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LES UNS ET LES AUTRES 29
Si je comprends ce cri jaloux !
ROSALINDE
Ah, taisez- vous !
Sylvandbe
Un trompeur ! une folle !
Rosalinde
Es-tu donc pas jaloux
De Myrtil, toi, hein, dis ?
Sylvandre, comme frappé subitement
d'une idée douloureuse.
Tiens ! la fâcheuse idée
Mais c'est qu'oui ! me voici Târne tout obsédée...
Rosalinde, presque joyeuse.
Ah, vous êtes jaloux aussi, je savais bien !
Sylvandre, à part.
Feignons encor.
(A Rosalinde,)
Je vous jure qu'il n'en est rien
Et si vraiment je suis jaloux de quelque chose
Le seul Myrtil du temps jadis en est la cause.
3.
30 LES UNS ET LES AUTRES
ROSALINDE
Trêve de compliments fastidieux. Je suis
Très triste, et vous aussi. Le but que je poursuis
Est le vôtre. Causons de nos deuils identiques.
Des malheureux ce sont, il paraît, les pratiques,
Cela, dit-on, console. Or nous aimons toujours
Vous Chloris, moi Myrtil, sans espoir de retours
Apparents. Entre nous la seule différence
C'est (pie Ton m'a trahie, et que votre souffrance
A vous vient de vous-même, et n'est qu'un châtiment.
Ai -je tort?
Sylvandre
Vous lisez dans mon cœur couramment,
Chère Chloris, je t'ai méchamment méconnue l
Qui me rendra jamais ta malice ingénue,
Et ta gaité si bonne, et ta grâce, et ton cœur?
Rosalinde
Et moi, par un destin bien autrement moqueur.
Je pleure après Myrtil infidèle...
Sylvanmie
Infidèle!
Mais c'est qu'alors Chloris l'aimerait. mort d'elle!
LES UNS ET LES AUTRES 31
J'enrage et je gémis! Mais ne disiez-vous pas
Tantôt qu'elle m'aimait encore. — cieux, là-bas,
Regardez, les voilà.
Rosalinde
Qu'est-ce qu'ils vont se dire?
(Ils remontent le théâtre.)
SCÈNE IX
Les précédents, Chloris, Myrtil
Chloris
Allons, encore un peu de franchise, beau sire
Ténébreux. Avouez votre cas tout à fait.
Le silence, n'est-il pas vrai? vous étouffait,
Et l'obligation banale où vous vous crûtes
D'imiter à tout bout de champ la voix des flûtes
Pour quelque madrigal bien fade à mon endroit
Vous étouffait, ainsi qu'un pourpoint trop étroit ?
Votre cœur qui battait pour elle dut me taire
Par politesse et par prudence son mystère ;
Mais à présent que j'ai presque tout deviné
Pourquoi continuer ce mutisme obstiné?
Parlez d'elle, cela d'abord sera sincère.
Puis vous souffrirez moins, et, s'il est nécessaire
32 LES UNS ET LES AUTRES
De vous intéresser aux souffrances d'autrui,
«Tai besoin, en retour, de vous parler de lui !
Myrtil
Et quoi, vous aussi, vous!
Chloris
Moi-même, hélas! moi-même
Puis-je encore espérer que mon bien-aimé m'aime?
Nous étions tous les deux Svlvandre, si bien faits
L'un pour l'autre! Quel sort jaloux, quel dieu mauvais
Fit ce malentendu cruel qui nous sépare?
Hélas, il fut frivole encor plus que barbare
Et son esprit surtout lit que son cœur pécha,
Myrtil
Espérez, car peut-être il se repent déjà.
Si j'en juge d'après mes remords. . .
(Il sanglote.)
Et mes larmes !
(Sylvandre et Rosalinde se pressent la main.)
Rosalinde, survenant.
Les pleurs délicieux! Cher instant plein de charmes!
Myrtil
C'est affreux !
LES UNS ET LES AUTRES 33
ClILORIS
douleur î
Rosalinde, sur la pointe du pied et très bas.
Chloris !
ClILORIS
Vous étiez là 1
ROSALINDE
Le sort capricieux qui nous désassembla
A remis, faisant trêve à son ire inhumaine,
Sylvandre en bonnes mains, et je vous le ramène
Jurant son grand serment qu'on ne l'y prendrait plus.
Est-il trop tard !
Sylvandre, à Chloris.
point de relus absolus !
De grâce ayez pitié quelque peu. La vengeance
Suprême c'est d'avoir un aspect d'indulgence,
Punissez-moi sans trop de justice et daignez
Ne me point accabler de traits plus indignés
Que n'en méritent — non mes crimes, mais ma tète
Folle, mais mon cœur faible et lâche...
(// tombe à genoux.)
Chloris
Étes-vous hôte?
34 LES UNS ET LES AUTRES
Helevez-vous, je suis trop heureuse à présent
Pour vous dire quoi que ce soit de déplaisant
Kt je jette à ton cou chéri mes bras de lierre.
Nous nous expliquerons plus tard. (Et ma première
Querelle et mon premier reproche seront pour
1/air de doute dont tu reçus mon pauvre amour
Qui. s'il a quelques tours étourdis et frivoles,
N'eu est pas moins, parmi ses apparences folles.
Quelque eliose de tout dévoué pour toujours,
houe, ehassons ee nuat?e. et reprenons le cours
l>e la eharmante ivresse où s'exalta notre âme.
(A Rosalinde.)
VA quant à vous, soyez sûre, bonne Madame,
l>e mon amitié franche — et baisez votre sœur.
{F.es deux femmes s'embrassent.)
Sylvaniuie
<> si joveuse avec loule eetle douceur!
Rosvlindk, à Myrtil.
Que diriez vous, Myrtil. si je faisais comme elle?
M Y UTIL
Dieux! «dh» a pardonné, clémente autant que belle.
LES UNS ET LES AUTRES 35
(A Rosalinde.)
laissez-moi baiser vos mains pieusement !
Rosalinde
Voilà qui finit bien et c'est un cher moment
Que celui-ci. Sans plus parler de ces tristesses,
Soyons heureux,
(4 Chloris et à Sylvandre.)
Sachez enlacer vos jeunesses,
Doux amis, et joyeux que vous êtes, cueillez
La fleur rouge de vos baisers ensoleillés.
(Se tournant vers Myrtil.)
Pour nous, amants anciens sur qui gronda la vie,
Nous vous admirerons sans vous porter envie,
Ayant, nous, nos bonheurs discrets d'après-midi.
(Tous les personnages de la scène I ve reviennent
se grouper comme au lever du rideau.)
Et voyez, aux rayons du soleil attiédi,
Voici tous nos amis qui reviennent des danses
Comme pour recevoir nos belles confidences.
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Madame Aubin. <
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La Petite Bête. i< lie bi ete, iîii [Mis* 1 . .
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Pi:i.i\i: ut. COMBESOI SSB
Un Avociil sans cause, un .nir, eji vers. . . .
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L'Amour vainqueur, un :i. ;li .
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Pierrot, paume dramatique en un acte, en vers,
VIDAI. ET BYI.
Sosur Philomene ....
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